Femme entrepreneur africaine : un taux record et des parcours inspirants

En Afrique subsaharienne, près de 27 % des femmes adultes se lancent dans une activité entrepreneuriale. Ce chiffre, issu du Global Entrepreneurship Monitor, place le continent loin devant l’Europe, où le taux plafonne à 6 %. Derrière cette statistique se cache une réalité contrastée : des parcours portés par la nécessité, la créativité et une détermination à toute épreuve.

Un taux d’entrepreneuriat féminin record dans le monde

L’Afrique est la région du globe où les femmes entreprennent le plus. Au Nigeria, 89 % des femmes se déclarent entrepreneures selon le baromètre Women’s Entrepreneurship de Veuve Clicquot. En Côte d’Ivoire, elles sont 58 %. Au Ghana, 40 % des entreprises sont dirigées par des femmes.

Ces chiffres s’expliquent en partie par le contexte économique local. Le chômage élevé, surtout chez les femmes, et le faible accès à l’emploi salarié poussent vers un entrepreneuriat dit de survie. Créer son propre revenu devient alors une question de subsistance, pas un choix stratégique. Beaucoup de ces activités restent dans le secteur informel : petit commerce, couture, vente de produits transformés, maraîchage. Ces données rejoignent les chiffres clés de l’entrepreneuriat féminin observés à l’échelle mondiale.

Pour autant, cette dynamique dépasse largement le cadre de la nécessité. L’amélioration de l’accès à l’éducation, la multiplication des programmes de formation et l’essor du numérique donnent aux femmes des outils concrets pour structurer et développer leurs projets. Les PME féminines contribuent jusqu’à 30 % du PIB dans certaines régions du continent, selon la Banque africaine de développement.

Les secteurs où les femmes entrepreneures africaines se démarquent

Agroalimentaire et commerce local

Les femmes représentent environ 50 % de la main-d’œuvre agricole en Afrique subsaharienne. Certaines entrepreneures vont plus loin en transformant les produits locaux : jus de fruits naturels, conserves, produits biologiques. Au Mali, Aissata Diakite a bâti Zaabban, une marque de jus de fruits présente dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest et en France. Ce type de parcours illustre la capacité des femmes à valoriser des ressources locales sur des marchés internationaux.

Tech et fintech

Le secteur technologique africain attire de plus en plus de femmes. Au Cameroun, Nelly Chatue-Diop a levé 8 millions de dollars pour Ejara, une plateforme de cryptomonnaie. Au Kenya, Njeri Rionge a cofondé Wananchi Online, un acteur majeur des télécoms en Afrique de l’Est. En 2022, 22 % des startups africaines ayant levé des fonds étaient dirigées par des femmes, contre seulement 3 % en France (données Partech Africa et Sista).

Les plateformes de e-commerce, les solutions de paiement mobile et les applications de santé ou d’éducation constituent autant de niches où les entrepreneures innovent.

Des obstacles qui freinent encore leur essor

Le premier frein reste l’accès au financement. Près de 70 % des femmes entrepreneures africaines déclarent que le manque de capital bloque leurs projets. Entre 2013 et 2018, seulement 9 % des entreprises dirigées exclusivement par des femmes ont obtenu une aide financière, contre 28 % pour les équipes mixtes (World Bank Enterprise Surveys).

Le poids des normes sociales pèse aussi. Entreprendre signifie souvent jongler entre la gestion d’une activité et les responsabilités familiales attendues par la société. Une étude menée à Dakar et Lomé montre que le partage des tâches domestiques reste un « impensé » dans les couples. Les femmes qui travaillent financent souvent seules le personnel qui les seconde à la maison.

Le réseau de relations constitue un autre angle mort. Les entrepreneures s’appuient sur des cercles de proximité homogènes (associations, tontines, famille) et accèdent rarement aux réseaux professionnels diversifiés qui permettent de nouer des partenariats stratégiques ou de décrocher des financements institutionnels.

Malgré ces freins, des structures d’accompagnement se multiplient. L’initiative AFAWA de la Banque africaine de développement vise à combler l’écart de financement. La Tony Elumelu Foundation finance et forme chaque année des milliers d’entrepreneurs, dont une forte proportion de femmes. Des incubateurs comme Bond’innov à Dakar offrent un soutien ciblé aux porteuses de projets.

Cinq profils de femmes entrepreneures africaines à connaître

  • Rebecca Enonchong (Cameroun) a fondé AppsTech, une entreprise de logiciels d’entreprise. Elle milite pour le financement des startups africaines à travers l’African Business Angels Network.

  • Bethlehem Tilahun Alemu (Éthiopie) a créé SoleRebels, une marque de chaussures éthiques fabriquées à partir de matériaux locaux. Ses produits s’exportent dans le monde entier grâce à une approche axée sur le commerce équitable.

  • Adenike Ogunlesi (Nigeria) a transformé Ruff ‘n’ Tumble, une petite confection familiale, en marque nationale de vêtements pour enfants reconnue pour son design et sa qualité.

  • Irene Kiwia (Tanzanie) dirige Frontline Management et Adrian Labs. Elle conseille et finance des entreprises de la scène tech africaine. Amanda Dambuza la décrit comme la future « Mark Zuckerberg africaine ».

  • Mélanie Keita (France, diaspora africaine) a cofondé Melanin Capital, une plateforme qui connecte investisseurs internationaux et PME africaines pour réduire l’écart de financement, avec un accent sur l’impact social et environnemental.

Ces parcours montrent qu’au-delà des chiffres, l’entrepreneuriat féminin en Afrique porte une vision concrète du développement économique et social. Plusieurs de ces dirigeantes figurent d’ailleurs parmi les femmes entrepreneurs les plus influentes à l’échelle internationale. Un mouvement qui ne fait que s’accélérer.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *