Salaire des femmes footballeuses : combien gagnent les joueuses pro ?

Combien gagne une footballeuse professionnelle en France ?

La réalité des chiffres est plus contrastée qu’on ne l’imagine. Selon la Fédération Française de Football, le salaire moyen d’une footballeuse professionnelle est de 2 494 euros bruts par mois. Ce chiffre englobe l’ensemble des joueuses de la première division, avec des situations très hétérogènes selon les clubs, les niveaux d’expérience et les contrats de sponsoring associés.

En bas de l’échelle, le salaire minimum fixé en Arkema Première Ligue est de 1 820 euros mensuels bruts, inférieur au salaire moyen des femmes en France. Des joueuses en début de carrière dans des clubs de milieu de tableau peuvent se retrouver proches de ce plancher. Une réalité que plusieurs joueuses dénoncent ouvertement : « Le SMIC ne suffit pas, un salaire minimum devrait être de 3 000 euros », témoignait l’une d’elles dans une enquête de L’Équipe. Et pour cause : les carrières s’arrêtent souvent avant 35 ans, sans CDI, sans filet de sécurité.

La création de la Ligue pro féminine en 2024 a néanmoins accéléré les choses. Les salaires ont progressé de 10 à 15 % en une seule saison, et le nombre de contrats professionnels a encore augmenté de 10 % en un an. La trajectoire est positive, même si beaucoup de joueuses estiment qu’il faudrait aller bien plus vite.

OL, PSG et les autres : les écarts au sein du championnat

L’Olympique Lyonnais et le Paris Saint-Germain forment une catégorie à part. Les salaires moyens dans ces deux clubs dépassent largement la moyenne nationale :

  • OL Lyonnes : environ 14 000 euros bruts par mois en moyenne
  • PSG : autour de 12 000 euros bruts mensuels en moyenne
  • Le reste de la Ligue se situe bien en deçà, souvent entre 2 000 et 5 000 euros par mois

Au sommet du classement individuel, on retrouve Tabitha Chawinga et Marie-Antoinette Katoto (toutes deux à l’OL), suivies de Kadidiatou Diani et Wendy Renard. Des joueuses dont la notoriété génère aussi des revenus en dehors des terrains, via les droits à l’image et les contrats publicitaires.

Cette concentration de ressources dans deux clubs pèse sur l’ensemble du championnat. Les joueuses des équipes plus modestes jonglent parfois encore entre vie professionnelle et pratique sportive, ce qu’on appelle le « double projet » : un mécanisme qui freine la professionnalisation complète de la discipline. La convention collective censée encadrer ces situations fait encore l’objet de blocages entre clubs, joueuses et entraîneurs.

Footballeuses vs footballeurs : à quel point l’écart est-il immense ?

Salaires mensuels bruts moyens : l’ampleur des ecarts
Minimum Arkema Premiere Ligue1 820 EUR
Moyenne toutes footballeuses pro2 494 EUR
PSG (moyenne)12 000 EUR
OL Lyonnes (moyenne)14 000 EUR
Moyenne Ligue 1 masculine100 000 EUR
Barres proportionnelles aux montants indiques dans l’article. Salaires mensuels bruts moyens.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En Ligue 1 masculine, le salaire moyen dépasse 100 000 euros par mois, soit quarante fois le salaire moyen d’une footballeuse professionnelle. Même les meilleures joueuses françaises ne s’approchent pas de la rémunération des milieux de tableau du championnat masculin.

Cet écart s’explique d’abord par la taille des marchés. Les droits TV, la billetterie, le merchandising et le sponsoring générés par le football masculin produisent des revenus sans commune mesure avec ceux du football féminin. Pour donner une idée de l’échelle : lors de la Coupe du monde 2019, la compétition masculine distribuait 400 millions de dollars de primes contre 30 millions pour la compétition féminine, selon les données FIFA.

La bonne nouvelle : les leviers de croissance sont bien identifiés. Un contrat Canal+ jusqu’en 2029, de nouveaux partenaires comme Betclic en bord terrain, des affluences en hausse pour les grands matchs… Ces signaux créent les conditions d’une revalorisation progressive. Comme le souligne la vice-présidente de la Ligue pro : « En Angleterre, la ligue pro date de 2017. Elle a mis cinq ans à exploser. Il faut être patients, car c’est un long chemin. »

La visibilité, nouveau moteur de revenus pour les joueuses

Dans le football féminin de haut niveau, le salaire seul raconte rarement toute l’histoire. Les contrats publicitaires et les partenariats avec les grandes marques représentent parfois plusieurs fois le revenu sportif des joueuses les plus exposées. C’est là que se joue une partie décisive du modèle économique.

Voici quelques estimations de revenus annuels totaux (salaire + sponsoring) pour des joueuses de premier plan :

  • Ada Hegerberg (OL) : 300 000 € de salaire annuel, plus de 2 millions € hors terrain
  • Wendy Renard (OL) : 350 000 € de salaire, environ 1,8 million € hors terrain
  • Sam Kerr (Chelsea) : 300 000 € de salaire, 1,3 million € en partenariats

Une joueuse bien positionnée médiatiquement, active sur les réseaux sociaux et engagée dans des causes qui résonnent avec le grand public, peut multiplier ses revenus sportifs par cinq ou dix. Ce n’est pas un hasard si les clubs investissent désormais dans des équipes de communication dédiées au foot féminin : la visibilité des joueuses est devenue un actif à part entière, pour elles comme pour leurs clubs.

Le football féminin ressemble en cela à un marché en construction rapide : encore sous-valorisé par rapport à son potentiel, mais avec une dynamique réelle et des investisseurs de plus en plus sérieux. Pour les joueuses qui construisent leur marque personnelle autant que leur carrière sportive, les opportunités commencent clairement à se dessiner.

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