Les chiffres de l'entrepreneuriat féminin en France
Les femmes représentent 44 % des créateurs d'entreprises individuelles en France selon les données 2025 de l'Insee. Ce chiffre, stable par rapport à l'année précédente, marque une progression constante depuis dix ans. Si l'on élargit le périmètre à toutes les formes juridiques, la part des femmes dans les créations d'entreprises se situe autour de 33 à 38 % selon les sources.
24 % des Françaises déclarent envisager de créer leur entreprise un jour, une proportion qui grimpe à 32 % chez les moins de 60 ans (baromètre OpinionWay/France Active, février 2026). Chez les personnes accompagnées par le réseau BGE en 2024, 56 % étaient des femmes, avec 10 000 entreprises créées par des entrepreneures. Le taux de passage à l'acte y dépasse celui des hommes : 33 % des femmes se sont immatriculées contre 25 % des hommes.
Derrière ces chiffres encourageants, des disparités structurelles freinent la dynamique. Les entrepreneuses créent majoritairement des micro-entreprises (67 % contre 50 % chez les hommes) et génèrent des revenus plus faibles la première année : 70 % des femmes déclarent un chiffre d'affaires inférieur à 25 000 euros, contre 52 % des hommes.
Les freins qui persistent : finances, stéréotypes et charge mentale
Le premier obstacle cité par les Françaises reste l'absence de capital de départ (32 %), suivi par la complexité des démarches (29 %) et la difficulté à trouver un financement (27 %). La peur d'échouer touche 26 % des femmes, contre 21 % des hommes. Et 17 % d'entre elles mentionnent la gestion du foyer comme un frein direct à leur projet entrepreneurial.
Le sexisme ne recule pas. Selon le baromètre Initiative Ile-de-France publié en 2025, 56 % des entrepreneures ont subi des discriminations liées à leur genre, en hausse de 5 points sur un an. Propos paternalistes (45 %), avances déplacées (16 %) et pressions à caractère sexuel (5 %) composent un environnement hostile. Conséquence : 41 % des dirigeantes ont déjà évité un événement professionnel ou interrompu une collaboration pour se protéger.
Le syndrome de l'imposteur amplifie ces obstacles. 93 % des femmes entrepreneures déclarent avoir douté de leurs compétences, dont 66 % de manière fréquente. Ce sentiment les pousse à sous-estimer la valeur de leur offre (56 %) et à éviter de solliciter des financements (45 %).
L'accès au financement, un parcours semé d'obstacles
46 % des Français estiment qu'il est plus difficile pour une femme de lever des fonds auprès d'investisseurs. Ce ressenti est encore plus marqué chez les femmes elles-mêmes (71 %). L'étude Roland Berger/WILLA/France Digitale confirme le constat : les entrepreneures ont moins recours aux levées de fonds et obtiennent des montants inférieurs. Elles expriment aussi une méfiance envers ce mode de financement, par crainte de perdre le contrôle de leur entreprise.
Les inégalités salariales en amont aggravent le problème. Une femme qui quitte le salariat pour entreprendre dispose en moyenne d'une épargne personnelle plus faible, ce qui réduit son capital de départ. Ces dynamiques sont documentées en détail sur economie-politique.org, qui analyse les mécanismes structurels de ces écarts. Le baromètre de la DGE (mars 2025) le confirme : 26 % des entreprises créées par des femmes démarrent avec moins de 1 000 euros.
Quête de sens et rentabilité : un équilibre à trouver
La motivation principale des femmes qui entreprennent est de donner plus de sens à leur vie professionnelle (56 %), devant la concrétisation d'une idée personnelle (52 %) et la flexibilité dans l'organisation du temps (47 %). Cette quête de sens a progressé de 13 points depuis 2020. Les entrepreneures se dirigent aussi vers des secteurs à impact environnemental ou sociétal, là où les hommes privilégient la tech et les services financiers.
Seulement 6 % des femmes déclarent entreprendre dans le but de s'enrichir, contre 25 % des hommes (étude Roland Berger, 2024).
Ce choix a un revers. Les secteurs du bien-être, du coaching et du soin à la personne, très féminisés, sont souvent saturés et peu rémunérateurs. Le réseau BGE alerte : la viabilité économique reste la condition de réussite d'une entreprise, quelles que soient les motivations de départ. En matière de critères de réussite à cinq ans, les femmes placent la rentabilité en tête (77 %), avant le leadership sectoriel (56 %). Les hommes visent d'abord le leadership (65 %) puis la rentabilité (63 %).
Réseaux, mentorat et politiques publiques : les leviers du changement
La simplification des démarches administratives arrive en tête des attentes (53 % des répondants du baromètre OpinionWay). La conciliation entre vie entrepreneuriale et vie familiale s'impose comme une priorité montante, tout comme la nécessité de mieux répartir les tâches domestiques.
Le mentorat et les réseaux professionnels jouent un rôle décisif. 53 % des entrepreneures appartiennent déjà à un réseau et 31 % considèrent le parrainage comme un levier de soutien prioritaire. L'étude Roland Berger souligne la nécessité de former les équipes d'investissement aux biais de genre et de créer des fonds spécifiquement orientés vers les projets portés par des femmes.
La déconstruction des stéréotypes dès l'école recueille une adhésion en forte progression. Rendre visibles des modèles féminins inspirants dans les médias et les réseaux professionnels fait partie des leviers identifiés. Des programmes comme Créatrices d'Avenir (Initiative Ile-de-France), qui a accompagné plus de 4 900 candidatures depuis 2011, illustrent l'impact concret de ces dispositifs : coaching, formation, mise en réseau et financement allant jusqu'à 60 000 euros par an. Pour un tour d'horizon des aides disponibles pour les créatrices d'entreprise, plusieurs dispositifs nationaux et régionaux méritent d'être explorés.
L'entrepreneuriat féminin en France progresse, les chiffres le prouvent. Les inégalités économiques qui le freinent sont documentées avec précision. Les solutions existent : accès facilité aux financements, mentorat, représentation et politiques publiques volontaristes. Reste à les appliquer à grande échelle.







